Masques
C'aurait pu être une non journée; il aura fallu attendre le journal de 20 heures pour qu'il y ait un micro événement : la mort à 76 ans de Philippe Noiret. Un acteur antipathique que je n'ai aimé dans aucun rôle. Un type fuyant, faux et imbu de lui même. Je ne l'aimais ni en tant qu'acteur, ni en tant que personne.
Au boulot, les journées se suivent et se ressemblent depuis quelques jours : BEC (bureau entretien conseil), Ate PAP (réunions collectives où l'on annonce aux demandeurs d'emploi qu'ils seront maintenant suivis tous les mois), SMP1 (rendez-vous où l'on reçoit pour la première fois les demandeurs que l'on verra désormais tous les mois), suivi mensuel (rendez-vous où l'on reçoit à raison de 12 personnes par demi-journée le demandeur d'emploi que l'on voit tous les mois pour la 2, 3, 4,5, 6eme fois et plus si affinités...jusqu'à ce qu'il trouve du boulot en fait...)
Jusqu'à cette semaine, je trouvais ça plutôt rigolo, jusqu'à ce que je reçoive, hier après-midi et ce matin quelques cas qui m'ont achevé pour la semaine.
Hier après midi, Nicolas H: 50 ans, habite sur un bateau garé au Port-Rhu. Je veux pas de vos offrres, j'ai pas besoin de l'ANPE pour bosser, dans l'idéal je cherche un poste de gestion et d'encadrement sans rien faire à côté, dans les faits j'ai bossé 3 mois en intérim sur les 10 dernières années. Je vous prend de haut, j'ai pas de CV (je l'ai déjà donné), les offres que vous me proposez c'est pas la peine de me les imprimer, je vais voir les boîtes directement, j'ai pas besioin de vous pour ça. Ah si donnez là moi, c'est pas pour moi, c'est pour un copain... 40 minutes pour s'en dépêtrer. Oui oui allez au revoir.
Ce matin, Jaqueline L., 40 ans, femme de gendarme. Je cherche n'importe quel emploi sur Douarnenez. Sauf que je ne veux pas travailler dans la vente (j'ai pourtant un BEP vente), l'aide à domicile parce que les vieux sont pas faciles, l'hôpital les horaires sont incompatibles avec mes contraintes, reste peut-être un mi-temps en école (pour trouver un emploi de ce type, je n'ai fait aucune démarche, ni chercher des offres, encore moins écrire aux mairies ou directement aux écoles...). Au fait votre site internet est merdique j'en passe...
Histoire de proposer quelque chose je lui demande "Nous allons nous voir tous les mois. Je suis votre référent. Pouvez-vous me laisser un CV? Comme ça s'il y a quelque chose qui correspond, je pourrai vous proposer des emplois..." Réponse : "Je ne laisse pas mon CV à n'importe qui, j'aime autant ne pas vous le laisser". Première fois en 8 ans qu'on me fait le coup chapeau bas. J'ai juste répondu que dans ce cas je ne lui proposerai pas d'offres...
Fin de matinée, Henri A, 48 ans, venu avec moman. Bob ricard, ça c'est du classique, mais le petit détail qui tue : stylo Amstel dans la poche de la chemise, la petite touche de fantaisie qui vous va bien.
Je suis un peu cuit mais sans plus. Je n'ai pas travaillé depuis 97. C'est ma mère qui me conduisait au boulot. Je suis handicapé. Je n'ai pas de voiture. Je n'ai pas de permis. Je ne sais pas quoi faire comme boulot. Que dire? Que faire???
La mère, admirable, femme soignée au discours très contruit, me signale qu'elle a un autre fils
qui fête aujourd'hui ses 50 ans et qui est au RMI (mais heureusement non inscrit à l'ANPE...) Elle regrette poliment que je ne propose rien à son fils (à part un suivi par une association mandatée pour s'occuper des travaileurs handicapés), le tout dans un mélange de courtoisie et de résignation. Finalement touchant.
Ces trois cas sont des exemples. Que vais-je leur dire le mois prochain? Que vais-je faire? Comment vais-je réagir en les voyant? Les convoquerai-je ou saisirai-je un entretien bidon dans leur dossier sans les faire venir???? Suite au prochain épisode ... le mois prochain...
Au boulot, les journées se suivent et se ressemblent depuis quelques jours : BEC (bureau entretien conseil), Ate PAP (réunions collectives où l'on annonce aux demandeurs d'emploi qu'ils seront maintenant suivis tous les mois), SMP1 (rendez-vous où l'on reçoit pour la première fois les demandeurs que l'on verra désormais tous les mois), suivi mensuel (rendez-vous où l'on reçoit à raison de 12 personnes par demi-journée le demandeur d'emploi que l'on voit tous les mois pour la 2, 3, 4,5, 6eme fois et plus si affinités...jusqu'à ce qu'il trouve du boulot en fait...)
Jusqu'à cette semaine, je trouvais ça plutôt rigolo, jusqu'à ce que je reçoive, hier après-midi et ce matin quelques cas qui m'ont achevé pour la semaine.
Hier après midi, Nicolas H: 50 ans, habite sur un bateau garé au Port-Rhu. Je veux pas de vos offrres, j'ai pas besoin de l'ANPE pour bosser, dans l'idéal je cherche un poste de gestion et d'encadrement sans rien faire à côté, dans les faits j'ai bossé 3 mois en intérim sur les 10 dernières années. Je vous prend de haut, j'ai pas de CV (je l'ai déjà donné), les offres que vous me proposez c'est pas la peine de me les imprimer, je vais voir les boîtes directement, j'ai pas besioin de vous pour ça. Ah si donnez là moi, c'est pas pour moi, c'est pour un copain... 40 minutes pour s'en dépêtrer. Oui oui allez au revoir.
Ce matin, Jaqueline L., 40 ans, femme de gendarme. Je cherche n'importe quel emploi sur Douarnenez. Sauf que je ne veux pas travailler dans la vente (j'ai pourtant un BEP vente), l'aide à domicile parce que les vieux sont pas faciles, l'hôpital les horaires sont incompatibles avec mes contraintes, reste peut-être un mi-temps en école (pour trouver un emploi de ce type, je n'ai fait aucune démarche, ni chercher des offres, encore moins écrire aux mairies ou directement aux écoles...). Au fait votre site internet est merdique j'en passe...
Histoire de proposer quelque chose je lui demande "Nous allons nous voir tous les mois. Je suis votre référent. Pouvez-vous me laisser un CV? Comme ça s'il y a quelque chose qui correspond, je pourrai vous proposer des emplois..." Réponse : "Je ne laisse pas mon CV à n'importe qui, j'aime autant ne pas vous le laisser". Première fois en 8 ans qu'on me fait le coup chapeau bas. J'ai juste répondu que dans ce cas je ne lui proposerai pas d'offres...
Fin de matinée, Henri A, 48 ans, venu avec moman. Bob ricard, ça c'est du classique, mais le petit détail qui tue : stylo Amstel dans la poche de la chemise, la petite touche de fantaisie qui vous va bien.
Je suis un peu cuit mais sans plus. Je n'ai pas travaillé depuis 97. C'est ma mère qui me conduisait au boulot. Je suis handicapé. Je n'ai pas de voiture. Je n'ai pas de permis. Je ne sais pas quoi faire comme boulot. Que dire? Que faire???
La mère, admirable, femme soignée au discours très contruit, me signale qu'elle a un autre fils
qui fête aujourd'hui ses 50 ans et qui est au RMI (mais heureusement non inscrit à l'ANPE...) Elle regrette poliment que je ne propose rien à son fils (à part un suivi par une association mandatée pour s'occuper des travaileurs handicapés), le tout dans un mélange de courtoisie et de résignation. Finalement touchant.
Ces trois cas sont des exemples. Que vais-je leur dire le mois prochain? Que vais-je faire? Comment vais-je réagir en les voyant? Les convoquerai-je ou saisirai-je un entretien bidon dans leur dossier sans les faire venir???? Suite au prochain épisode ... le mois prochain...
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