La sociologie Jean-Jacques Goldman

Publié le par lolo

Cette semaine de vacances et de peinture m'a permis de me replonger dans l'oeuvre inépuisable de Jean-Jaques Goldman, le bien-nommé, l'ancien vendeur de chaussures de sport et diplômé de SupdeCo,  multiplatiné, plébiscité et victorisé...
La période qui nous intéresse est celle des débuts, en gros jusqu'à l'album "Entre gris clair et gris foncé"; après même si sur un plan strictement musical ça tend à s'améliorer légèrement, il n'y a plus le côté 80's que j'adore, ce mélange d'agressivité et d'engagement dans la voix, de synthés accrocheurs et de paroles absconses.

Plusieurs thèmes majeurs affleurent dans cette oeuvre musicale:

-C'est la même chanson (mais la différence c'est qu'on ne la comprend pas):
Il y a carrément une période où le jeune Jean-Jacques ressort tous les 4 mois le même morceau : celle du personnage solitaire, pour qui tout est "joué d'avance" mais qui cherche à échapper à son destin : pour qui, pourquoi? on ne le sait pas et lui non plus, mais le résultat musical est toujours le même.
 "Il suffira d'un signe" commence la série , il y rêve de s'évader non sans au préalable avoir déchiré ses guenilles.
Dans "Au bout de mes rêves", mythique morceau ("et même s'il faut partir/changer de terre ou de trace/ s'il faut chercher dans l'exil...") il annonce déjà "Envole-moi" ("loin de cette fatalité qui colle à ma peau"), une chanson où il se dit prêt à employer les moyens légaux pour s'en sortir... et même, dans un pétage de plombs retentissant pour un aussi fin lettré à franchir des murs "à coup de livres" (sans doute en empilant des dictionnaires)!!!
En écho à Envole-moi, le single suivant, lui aussi extrait du génial album "Positif", le fracassant "Encore un matin" (un matin pour rien) promène le désenchantement d'un type qui se lève tous les matins et qui ne sait pas quoi faire de sa journée (je ne me souviens plus s'il part où pas mais on ne peut s'empêcher de penser : encore une chanson, une chanson pour rien - ou pour les pieds...).
Enfin, "Je marche seul", lente dérive urbaine dun jeune appelé du contingent errant avec son sac marin sur le dos dans les rues désertes d'une ville si j'ai bien compris le clip, renforce l'image du loser solitaire ("comme un bateau dérive/sans but et sans mobile/je marche dans la ville/tout seul et anonyme")...
Tout cela est très assumé, le "je" est omniprésent dans toutes ces chansons, c'est bien.

-Eldorado
Mais où vont ces types après s'être évadés, avoir brisé leurs chaines et échappé aux servitudes propres à leurs vies étriquées??? (ça pourrait être du Cabrel)
Eh bé ils vont suivre les chercheurs d'or ("on ira"), une fascination que l'on retrouve aussi dans le morceau "Américain" qui s'est hissé péniblement à la 5eme place du top 50 en 1985! "Dans chaque histoire se cache un chercheur d'or", voilà on a tout dit, le rêve américain, les grands espaces, le libéralisme tout crin où chacun a sa chance, les voilà les thématiques récurrentes dans l'univers goldmanien. "Là-bas, tout est neuf et tout est sauvage / libre continent sans visage", c'est vrai que quand on a entendu ça nous aussi on a parfois envie d'espace, besoin d'ailleurs, voire même une petite envie de fuir dans le désert...

-Mal né
Le concept de naissance malheureuse est omniprésent : dans l'implacable "pas toi", le personnage n'est "pas bien né"; dans le tragique  "Comme toi" (ma chanson préférée de quand j'étais enfant), "elle n'est pas née comme toi/ici et maintenant"...
Plus tard, il s'interrogera sur l'opportunité de demander la nationalité allemande dans "si j'étais né en 17 à Leidenstadt. Autre exemple : dans "c'est ta chance", l'héroine (hélas pour elle) n'est "pas née jolie". Pas de bol pour elle mais ça n'arrive pas qu'aux autres.
 
-Un tout petit arrière-fond réac?
Deux chansons m'ont légèrement déçu, en comparaison avec les hymnes mythiques cités dans cet article. "Elle attend", l'histoire d'une fille qui attend (qui? quoi?) on n'en sait rien une fois de plus mais ce n'est pas le propos ni le problème. Comme dans toutes les chansons de Jijigé, tout est inexorable et joué d'avance mais ça c'est normal. Non, le problème c'est qu'on commence à se prendre d'affection pour cette pauvre fille qui attend, et là on apprend qu'elle attend "en frottant ses couverts en argent"...Espèce de bourge! Va t'en la plaindre ou t'identifier au personnage après ça...
"Famille" frise aussi la faute de goût. Je cite : "tu es de ma famille/ de mon ordre et de mon rang / celle que j'ai choisie / celle que je ressens / dans cette armée de simple gens") Les notions d'ordre et de rang me semblent pour le moins déplacées, je ne vois pas pourquoi les gens qui  ne sont pas de sa famille seraient inférieurs, et du coup assimilables à de simples gens. Je préfère penser qu'il s'agit là de petites maladresses de langage.

-Questions subsidiaires:
Quel est le sens du pittoresque "Quand la musique est bonne"?
Un cordonnier ne devrait-il pas plutôt changer des semelles que la vie?
Et enfin que se serait-il passé si j'étais né en 17 à Leidenstadt???????????????????????

Ca me stresse rien que d'y penser. Je monte donc me coucher. J'espère croiser un chercheur d'or dans l'escalier.

Bonsoir,

Lolo
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Publié dans Music kills me

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