Une soirée électorale
Après ce premier tour, mes impressions sont mitigées. Que retenir de ce dimanche? La confiance que j'ai ressentie toute la journée, je ne sais pas pourquoi, mais j'avais l'impression que Ségo allait faire un score énorme et être devant le nain. Plein de monde dans les bureaux de vote à Douarnenez. Nous votions à l'école Laennec et j'avais une procuration pour voter aussi à l'école Victor Hugo. Dans ce bureau, l'attente fut particulièrement longue; à la fin je m'assoupis d'ailleurs dans la file, ne me rendant pas compte que j'étais photographié et que j'allais figurer dans le Télégramme d'aujourd'hui... Dans la queue, je repérai plusieurs de ces bo-bios qui pullulent à Douarnenez, je le pris pour un signe positif : ces gens, qui ont du mal à décoller de leur banc aux Plomarc'h, semblaient se mobiliser; ça ne pouvait être qu'un bon signe pour la gauche... tout comme les quelques 800 procurations recensées à Douarnenez, signe d'une forte mobilisation d'un électorat plutôt marqué à gauche... Et puis il faisait beau, ça avait comme un air de mai 1981.
Sauf que depuis 81, on a appris à ne plus y croire. Je me souviens bien de 1981, de l'infographie avec le visage de Mitterrand à la télé (beau comme un coup franc de Bernard Genghini l'année suivante contre l'Autriche en coupe du monde), de mon père revenant du dépouillement à Clohars Fouesnant, et triomphant, parce que Giscard n'avait fait "que" 55% à Clohars, davantage marqué à droite d'habitude... Tout ça pour 14 ans de mitterrandisme (+ 12 de chiraquisme!!!) J'étais presque confiant à 19h59, je dois dire que le score de Sarko, 31% m'a un peu refroidi. En fait Sarko à surtout réussi à prendre des électeurs à Le Pen, il n'a pas ratissé si large , juste sur sa droite. Mais si on ajoute ses voix à celles de Le Pen et Villiers, on arrive à un petit 43% qui constitue quand même une bonne base. Autant je comprends que des cadres, des rentiers, des gros capitalistes votent sarko, autant j'ai du mal à comprendre ce choix chez des jeunes, des ouvriers, des fonctionnaires qui seront les premiers à se faire niquer sui ce pitre est élu et qui ne semblent pas le comprendre... Certes, entre drapeau, camps militaires et buts contre leur camp de certains de ses alliés Ségo n'est pas parfaite et surtout n'a pas fait la campagne parfaite, mais enfin franchement ya pas photo entre les deux, entre l'attachement à la famille, au service public, au partage des richesses, et le règne du chacun pour soi, du repli, de l'égoisme et du tout pour sa gueule du petit Nicolas.
A 20 heures commença une soirée électorale une fois de plus halucinante : l'absorption d'un whisky bien servi et de quelques crêpes aida à faire passer la pillule, mais celle-ci était amère. Un incroyable manque de respect envers les "petits" candidats (pour la première fois, leur réaction après les résuultats n'était même pas retransmise en direct, et même souvent pas du tout), un lèche-bottisme incroyable envers Sarko (la scène de la voiture dans Paris, on aurait dit Chirac en 95 à la différence que celui-ci était élu), des plateaux ouverts aux pitres de service (Bernard Tapie, méprisant et débile comme aux plus beaux jours), j'en passe, c'était grotesque, la palme à Pujadas qui est vraiment une carpette. Quelques bons mots et quelques bons moments comme d'habitude, comme quand Noël Mamère déclara à propos du ridicule discours de Martin-Luther Sarko qu'il avait juste oublié d'avoir une pensée pour les chiens et les chats (c'est vrai qu'il ratisse large, le gonze, moi ce qui me fait flipper, c'est quand il commence à dire qu'il veut me protéger.. non au secours, ne me touche paaaaaaaaaaaaaas!!!!!!!!) La soirée finit par des échanges de textos avec Etienne, occasion d'échanger sur la "racaille sarko", la "connasse ségo" sur fond de France de droite et de vote utile. Lorsque Rachida Dati, caution "banlieue" et porte parole de Sarko prit la parole pour ressortir des conneries apprises par coeur, je descendis me coucher et lire l'Equipe (je fus achevé en apprenant à la radio que Nadal avait encore une fois battu Federer...)
J'ai l'impression de vivre dans une région relativement préservée, où Besancenot talonne Le Pen aux alentours de 6%, où Ségo arrive en tête avec 30%, où quelque part il fait encore pour l'instant assez bon vivre, où je ne connais personne qui vote Sarko... La France d'ailleurs, de l'Alsace, du Midi, de certaines campagnes dessine des contours effrayants que je n'avais pas perçus comme tels jusqu'alors... Ca me stresse un peu, j'ai l'impression qu'il y a une autre France, que je ne connais pas, qui a envie de promouvoir à sa tête un allumé (qui au passage a 15 ans d'inefficacité gouvernementale derrière lui) pour que "ça change" (Quoi? Ils n'en savent rien) ou pour préserver leur pognon.
Bref c'est pas gagné, mais tant quil y a de la vie, il y a de l'espoir, je ne crois pas à un ralliement quelconque de François Bayrou, plutôt à un excès de confiance de Sarko qui déclencherait une bourde fatale, une déclaration malheureuse... Je chiffre à 20% les chances de Ségo de renverser la tendance, moi en tout cas j'y crois! On aura l'occasion d'en reparler d'ici 15 jours... Mais si Sarko passe et que j'entends par la suite un seul des connards qui ont voté pour lui se plaindre de telle ou telle mesure gouvernementale, là ça va saigner fin des débats d'idées, insultes ou main sur la gueule seront de rigueur. Faudra pas venir pleurer. Surtout pas. Si les Français ont besoin de se faire peur et de passer 5 ans à en chier, qu'ils l'assument et qu'ils ne viennent pas la ramener par la suite.