Arcade Fire à l'Olympia, 20/03/07, par Nicolas
Un concert d’Arcade Fire, ça se mérite : 4h30 de TGV, traversée de Paris en métro jusqu’à la Madeleine et 2h30 d’avant concert, première et deuxième partie (suffisamment anecdotiques pour que je n’en parle pas).
Arcade Fire, groupe canadien, est passé de l’ombre à la lumière en l’espace de deux ans avec la parution de Funéral en 2005, directement classé « album de l’année » chez les Inrocks, puis du second album Néon Bible début mars 2007, qui de mon avis est encore meilleur (avis conforté par le concert). C’est donc l'énorme sensation de ce début d’année, quatre dates en France avant les festivals estivaux (Eurokéennes et Vieilles charrues étant déjà confirmées).
J’assiste ce mardi 20 mars au deuxième concert parisien à l’Olympia, salle mythique et magique, dans laquelle dès que nous sommes entrés nous avions la certitude que nous allions assister à un de ces concerts incomparables, inoubliables. D’autant que nos canadiens sont précédés d’une réputation de groupe inégalable sur scène, « à voir absolument ».
La scène est remplie d’instruments à en faire pâlir un orchestre. Ça annonce la couleur : chez Arcade Fire tout est joué maison. C’est, en effet, un collectif de musiciens multi instrumentalistes, au nombre de 10 sur scène ce soir là. La preuve nous en sera faite tout au long du concert où chacun passera allègrement d’une percussion à un instrument à corde, en passant par un clavier. Le plus impressionnant étant sans conteste la présence de l’orgue d’église avec ses nombreux tuyaux trônant en fond de scène, directement importé de leur studio d’enregistrement implanté dans leur église québécoise (baptisé ce soir là par mon beau-frère le « lance-patate »). Côté jeux de lumière, là encore, ça sent à plein œil le spectaculaire. Quatre néons rouges découpent l’avant-scène comme autant de pages prolongeant la « bible fluorescente » projetée en fond de scène (pochette du deuxième album). Enfin, quatre petits écrans sur pied, entourant la scène retransmettront, tantôt des images des musiciens en direct, tantôt des images empruntées au graphisme de l’album, comme ces visages donnant l’impression de jouer les choristes pendant les morceaux.
Le décor est planté, la tension monte, le public manifeste son impatience, quand, vers 22h, les lumières s’éteignant, un film apparaît sur les petits écrans montrant une jeune enfant haranguant une foule immense, ce qui déclenche une immense clameur dans l’Olympia, c’est le moment choisi par le groupe pour faire son apparition sur scène en attaquant son set par un électrisant « Keep the Car Running ». Jamais vu une telle entame de concert depuis Jeff BUCKLEY à l’UBU à Rennes qui rien qu’en ouvrant la bouche pour respirer déclenchait l’hystérie générale. Immédiatement le public, comme s’il voulait remercier Arcade Fire de l’avoir porté depuis deux ans dans la stratosphère musicale, réagit au quart de tour au moindre geste de Win BUTLER, leader impressionnant, géant charismatique, aussi émouvant qu’inquiétant. Ce groupe a une telle aura qu’il donne l’impression d’occuper tout l’espace comme un immense orchestre. Impression due également à la générosité de tout ces membres, viscéralement et cérébralement voués à leur musique et à leur public. Bref, Arcade Fire est largement à la hauteur de leur réputation et leur indéniable talent nous saute aux yeux et aux oreilles. C’est avec une facilité et une simplicité déconcertantes, qu’ils vont enquiller dès le deuxième morceau le tubesque « No Cars Go », suivi d’une majeure partie du deuxième et récent album avec comme point d’orgue l’envoûtant « Black Mirror ». Il y a de la tension sur scène, énergie positive, même quand Win BUTLER arrache les cordes de sa guitare électrique, les dix membres d’Arcade Fire nous balancent leurs morceaux en nous regardant droit dans les yeux, sans arrogance aucune, nous invitant à chanter les nombreux et mélodieux « hou, hou, hou ».
Petite surprise de voir Win BUTLER entonner au « lance-patate » l’habituel morceau de clôture de leur concert « My Body is a Cage », qui clôt également magistralement l’album Néon Bible. Peut-être la libération nécessaire pour entraîner le public dans l’allégresse en revisitant l’album Funéral avec le pétillant « Haiti », le dansant « Tunnels » et
Tout cela nous amène au très attendu « Wake Up », l’hymne culminant et entêtant de l’album Funéral, qui, petite déception de mon point de vue, sera joué « unplugged » avec néanmoins beaucoup de malice en devant de scène (Est-ce un pied de nez à ceux qui leur prédisaient une carrière commerciale depuis leur duo sur ce même morceau avec David BOWIE ?).
Il était peut-être 23h00 quand le groupe quitta la scène pour la première fois accompagné de la clameur méritée de tout l’Olympia.
La folie reprend quand Régine CHASSAGNE entame les premières notes d’ « Intervention » à l’orgue d’église (ou lance- patate), même si ce morceau sur scène n’atteindra pas la grâce de celui sur l’album. Ça monte encore d’un cran quand Win BUTLER explose sa guitare électro acoustique après avoir chanter si intensément « Antichrist Television ». Le concert atteint son paroxysme avec « Rebellion » sur lequel Win BUTLER se lancera dans un slam comme un adolescent. Le groupe en restera là, vers 23h30, malgré les acclamations, ou plutôt, les supplications du public. Arcade Fire s’est même permis le luxe de se passer de « Power Up », morceau avec lequel je les ai découvert. Arcade Fire est un groupe déjà immense et il le restera sans doute très longtemps (dixit ma sœur présente également ce soir là). Il ne nous reste plus qu’à compter les jours qui nous séparent des Vieilles Charrues.