L'affire Patrick Devedjian : pas un hasard...
Mais le plus grave dans cette affaire, c'est que ces propos ne sont pas le fruit d'un dérapage isolé. Monsieur Devedjian s'en est pris sciemment à une femme, Anne-Marie Comparini (Modem), qui est connue pour sa fidélité politique (à Raymond Barre, à François Bayrou), pour la force de ses convictions. Ni salope, ni soumise, Anne-Marie Comparini honore depuis plusieurs années la vie politique française et celle de la région Rhône-Alpes. C’est elle qui avec quelques personnalités courageuses a lavé l’affront fait en 1998 par Charles Million qui s’était vendu au Front National pour conserver sa présidence de Région, en disant tout simplement « Non » . Certains élus de droite ne l’ont jamais digéré d’autant plus que pour gérer la Région, elle a du bénéficier des voix, horreur, du PS !
Quant à Devedjian, voici un résumé de sa vie, son oeuvre, ses saloperies...
Avocat, père de quatre enfants, responsable politique prompt à fustiger « les extrémismes » et intégré à tous les rouages du pouvoir... Depuis trente ans, Patrick Devedjian n’a pas ménagé sa peine pour se forger cette image d’homme respectable. Mais rien n’y fait. Le passé lui colle à la peau.
L’ancien ministre, fidèle lieutenant de Nicolas Sarkozy, conseiller politique du président de l’UMP, appartient à cette nébuleuse d’ultralibéraux qui ont fait partie, dans les années soixante, du groupuscule fasciste et ultraviolent Occident. Avec Gérard Longuet, Alain Madelin, Hervé Novelli ou encore Frédéric de Saint-Sernin, Patrick Devedjian, alors étudiant en droit à Assas, usait plus volontiers de la barre de fer et du manche de pioche que de la faconde qu’il cultive aujourd’hui. Farouche partisan de l’Algérie française, pourfendeur du suffrage universel, ce fils de réfugié arménien tenait alors Tixier-Vignancourt et Le Pen pour de fades nationalistes de pacotille.
À cet engagement de jeunesse dans les rangs de l’extrême droite radicale, il doit des démêlés avec la justice. Le 12 juillet 1967, le tribunal de Rouen le condamne à la peine (clémente) de 1 000 francs d’amende pour « violences et voies de faits avec préméditation et armes » pour avoir participé, sept mois plus tôt, à la préparation de l’un de ces « raids » d’une rare sauvagerie dont étaient coutumiers les militants d’Occident. Les jeunes fascistes s’étaient attaqués avec une barbarie sans nom aux militants du comité Vietnam de l’université de Rouen, laissant derrière eux une mare de sang et un étudiant dans le coma (1). L’épisode signera la rupture du jeune homme avec le groupuscule.
De ses effroyables vingt ans, Patrick Devedjian a gardé un goût prononcé pour la provocation, mais surtout cet anticommunisme maladif qui fut le fil rouge de toute sa carrière politique.
« Je ne me suis jamais caché de mon passé », expliquait-il en février dans les colonnes du Monde. Et, en forme de justification : « J’étais d’origine arménienne et c’était aussi une façon, pour moi, de me sentir français. J’étais anticommuniste et, finalement, je n’ai pas changé (...). Ce mouvement n’avait rien à voir avec l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen. C’était une autre époque, on ne peut pas comparer... »